par Janaka Samarakoon pour artWorks! | 16/05/2026

Comme un air musical échappé de ces bandes originales que Michael Nyman composa pour le cinéma dans les années 1990, l’esthétique de Ludovic Aimé distille d’emblée une présence néo-baroque : très dix-huitième dans son héritage, mais résolument contemporaine dans sa résonance et dans son usage. Ce qui pourrait n’être qu’un maniérisme passéiste se trouve ici désamorcé par l’ironie, la distance, le montage, le ludique sans jamais renoncer totalement à une forme de mélancolie. 

De l’emphase, certes, mais sans naïveté. Quelque chose de cérémoniel sans jamais être anachronique. C’est Versailles, mais déplacé du côté des Grands Boulevards. Une bande de Marie-Antoinette, parties faire des emplettes au Printemps. Elles reviendront, on en est certain, comme chez Sofia Coppola, avec des Converse glissées au fond de sacs fourrés de crinoline.

L’art de Ludovic Aimé, on le sait désormais pour l’avoir suivi depuis cinq ans, est un art chargé : formellement et historiquement. Sa source principale est ce XVIIIᵉ siècle français protéiforme, saisi dans sa réalité historique autant que dans ses prolongements imaginaires, avec ses contradictions, sa grandeur, sa décadence, son goût de l’apparat et son pressentiment de la fin. Cette grandeur décadente, ou cette décadence grandiose, est au cœur du travail du plasticien. Elle en constitue à la fois le matériau, la mémoire et la tension.

Jadis couturier, Ludovic Aimé est aujourd’hui plasticien à part entière. Ses tableaux, presque des combined paintings, en fait non, empruntent souvent à la haute couture. De formation et de métier, l’artiste a été créateur de mode et couturier pendant vingt ans. Il a depuis fermé sa maison de haute couture, mis fin à des collaborations prestigieuses — Dior, Thierry Mugler, le concours Miss France, le monde pailleté de la téléréalité — et quitté sa vie parisienne pour se consacrer, sous la lumière de la Côte d’Azur, à la peinture et à sa transmission.

Jadis, il imaginait des robes impossibles, que le métier l’obligeaient à ramener à des proportions praticables. La toile lui a ensuite offert un terrain de jeu sans contrainte ni limite, un espace où libérer les aspirations du plasticien que le couturier avait autrefois dû contenir. Aujourd’hui, dix ans après avoir définitivement fermé la porte au monde de la mode et de la haute couture — du moins le croyait-il —, il revient de la peinture à la couture, avec une liberté plus grande encore, et avec la fantaisie et l’excès que la toile lui avait permis de conquérir.

Pensée comme une performance — non pas au sens complaisant du terme, mais dans son acception rigoureuse : une expérience holistique —, sa nouvelle collection est le fruit d’un long travail d’élaboration, de construction et de métamorphose. Débarrassées de leur fonction utilitaire, puisqu’elles sont destinées à des mannequins de bois et non aux podiums ou aux tapis rouges, ces créations gagnent en folie, en volume, en virtuosité technique. Elles deviennent de véritables mini-œuvres totales.

Une sorte d’opéra de la haute couture, si l’on accepte que l’opéra est l’art total par excellence. Peinture, impression, sérigraphie, dessin, couture, objet d’art, bijouterie, cordonnerie, sculpture, gravure, street art : tout s’y côtoie selon une véritable science de la scène. Toiles, dessins, tissus, cuir, bois, plastique, métaux, matériaux identifiables ou méconnaissables, transformés sous d’épaisses couches de peinture, de colle et de feuilles d’or, s’y rencontrent dans une profusion vertigineuse.

La première exposition consacrée à cette collection ouvrira le 23 mai à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Le film qui accompagne cette aventure, réalisé sur une période de neuf mois et resserré en vingt-cinq, est à découvrir dès maintenant : une plongée dans l’atelier, dans la matière, dans le geste, et dans cette étrange zone où la peinture redevient couture, où la couture cesse d’être vêtement, et où le passé, loin d’être imité, revient avec une vitalité toute contemporaine.

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